Introduction


Nous avons choisi de nous intéresser plus particulièrement aux opérateurs radio, après avoir renconté au collège Roland Cléry, opérateur radio pour le réseau SR Kléber, et Lucien Duval, au musée de l'ordre de la Libération, chef du réseau F2 Karcial. 



Roland Cléry


Lucien Duval



Leur aventure demeure encore souvent méconnue du grand public car ces héros de l’ombre, formés à œuvrer dans la solitude, ont gardé le silence sur leurs activités. Pourtant, dans leurs rangs, beaucoup sont tombés. Les risques étaient grands et la répression féroce.

Le contexte historique


En 1940, la France est envahie par l'Allemagne en Juin après avoir subi une lourde défaite. Le territoire est occupé par l'armée Allemande et la France est coupée en deux. 

Le nord et l'ouest sont sous l'emprise de l'Allemagne et une zone libre est laissée au gouvernement du maréchal Pétain qui s'installe à Vichy.



Pétain engage la France dans la voie de la collaboration.

Désormais, toutes les libertés sont supprimées, les français doivent obéir aux lois allemandes et subissent les restrictions et la répression menées par les troupes d'occupation. 

Certains Français refusent d'accepter la domination du gouvernement allemand et entrent dans la Résistance. 

Certes, ils ne représentent qu'une minorité de la population, mais leurs actions, menées souvent aux périls de leur vie, a permis de mener la lutte contre l'occupant allemand et de libérer la France.


LA GUERRE DU RENSEIGNEMENT


Pendant la seconde guerre mondiale, les « guerriers de l'ombre » s'affrontent à l'échelle de la planète tout entière, y compris sur le territoire des États neutres, afin d'être sans cesse en mesure de communiquer aux décideurs militaires et politiques les éléments nécessaires pour anticiper les actions de l'adversaire. 

Connaître les intentions de ce dernier tout en veillant à protéger ses propres renseignements, distiller à bon escient des informations erronées afin de conduire l'ennemi à sa perte, telles sont en effet quelques-unes des principales missions assignées aux organismes chargés du renseignement entre 1939 et 1945. 

Dès lors, les moyens comme les méthodes employés font une large place à l'inventivité et s'appuient sur la duperie, voire même sur l'illégalité, dans un contexte de secret absolu. Churchill se plaisait à souligner qu'«en temps de guerre, la vérité est si précieuse qu'elle devrait toujours être préservée par un rempart de mensonges ».

Dirigé par le colonel Rivet, le 2° Bureau français, présente une articulation simple autour du service de renseignement (SR), et du service de centralisation du renseignement (SCR) s'occupant du contre-espionnage. 

Le SCR se camoufle ainsi derrière l'appellation de la société des travaux ruraux (TR) dirigée par le colonel Paillole, tandis qu'un SR Air et un SR Marine apparaissent. 

Après le débarquement allié de novembre 1942 en Afrique du Nord, un partie des agents de ces services partent poursuivre la lutte aux côtés du général de Gaulle dispose, lui aussi, de se propre organisation de renseignement et de contre-espionnage depuis la création, le 17 janvier 1942 par le commandant Dewavrin, alias « Passy », du Bureau central de renseignements et d'action militaire (BCRAM), rebaptisé le 28 juillet suivant BCRA. 

En dépit de relations complexes et de nombreuses rivalités, la fusion entre les services de la France libre et ceux rattachés au général Giraud intervient le 27 novembre 1943 à Alger avec la mise sur pied d'une unique Direction générale des services spéciaux (DGSS) placée sous les ordres de Jacques Soustelle.

À la suite de l'armistice de juin 1940 et jusqu'à l'entrée en guerre des États-Unis, les services secrets britanniques vont combattre l'Abwehr quasiment seuls. 

Winston Churchill, premier ministre depuis mai 1940, est un partisan convaincu de la guerre non conventionnelle, soutenant tout le long du conflit l'action de ses services de renseignement quand il ne va pas jusqu'à dicter leur conduite, leur concédant toujours plus de moyens. L'organisation des services britanniques est complexe : elle regroupe l'Intelligence Service ou MI6, chargé du renseignement extérieur et dirigé par Sir Stewart Graham Menzies, ainsi que le MI5, auquel est confié le contre-espionnage. 


                                                                       Winston Churchill

Ces deux structures d'avant-guerre sont renforcées, dès juillet 1940, par un nouvel organisme, le spécial Opérations Excecutive (SOE), qui se voit confier par Churchill en personne la mission de « mettre le feu à l'Europe » par le sabotage et la subversion. 

Même si en théorie le SOE doit se tenir à l'écart de la lutte pour le renseignement, ses activités auprès des mouvements de résistance en Europe, qu'il a pour tâche d'alimenter en armes et matériel, le conduisent fréquemment à empiéter sur la sphère d'influence du MI6. 

La section française du SOE (Section F), placée sous l'autorité du colonel Maurice Buckmaster, est assurément l'une des plus active et plus développées, actionnant pas moins d'une cinquantaine de réseaux au moment du débarquement de juin 1944. Chacun d'eux est fréquemment spécialisé dans un type d'action précis, qu'il s'agisse de sabotages, d'attentats, de parachutages ou bien encore de missions de renseignement. L'efficacité des services britanniques tient à deux atouts majeurs. Ils disposent tout d'abord d'un vaste réseau d'informateurs, agents permanents ou occasionnels, sélectionnés dans le pays cible en fonction de leurs possibilités d'accès aux sources du renseignement, qu'il soit d'origine militaire, diplomatique, scientifique ou industriel.


Le recrutement des agents s'est opéré généralement avant que les hostilités n'éclatent, comme en témoigne le spectaculaire « double cross system » que les Britanniques mettent en place dès 1937, alors que l'Abwehr s'efforce d'implanter sur le territoire anglais un réseau d'une dizaine d'agents dont l'un d'eux, « Snow », est déjà en contact avec l'Intelligence Service. 

Cet agent double va fournir aux services britanniques les clés qui leur permettront d'arrêter ou de »retourner », dès 1940, la totalité des agents allemands présent ainsi que tous ceux qui sont introduits par la suite. Encadrés par leurs officiers traitants, les nouveaux agents doubles ainsi recrutés, surnommés « double cross », donnent d'entrée de jeu un atout déterminant aux services de renseignement britanniques qui, tout au long du conflit, disposent d'informations capitales sur le fonctionnement de l'Abwehr, en Allemagne comme dans toute l'Europe occupée, sans que celle-ci ne soupçonne à aucun moment le subterfuge. 

Toutefois, l'une des principales sources du renseignement britannique demeure le décryptage des messages chiffrés transmis par les services allemands via la machine Enigma adoptée par la Wehrmacht dès 1937 puis, peu après, par la Kriegsmarine et le Luftwaffe. 

La grande-Bretagne dispose pour ce faire, depuis 1919, d'une structure spécialisée, la Government Code And Cypher School( GC and CS ), installée à Bletchley Park au nord de Londres. Reprenant les travaux effectués avant-guerre par les mathématiciens polonais et des spécialistes français, les cryptographes de Bletchley Park parviennent à décrypter régulièrement les messages Enigma de la Luftwaffe à compter de mai 1940 puis eux de la Kriegsmarine l'année suivante pour enfin lire en clair les textes de la Wehrmacht au printemps 1942.


Les renseignements ainsi collectés reçoivent la dénomination de «  Ultra », en référence au code secret de l'amiral Nelson à Trafalgar. 

En 1942-1943, les Britanniques sont en mesure de lire plusieurs dizaines de milliers de messages par mois, ce qui leur permet de connaître avec exactitude l'état de l'armée allemande, sa position, ses besoins logistiques, les opérations projetées par le haut état-major, et ainsi d'anticiper au mieux la riposte alliée. 

Le secret d'Ultra est sans doute celui qui est le mieux gardé de tout le conflit : seule une trentaine de personnes connaît son existence, révélée au grand public seulement dans les années 1970. La méfiance de Churchill est telle que pour protéger Ultra, il accepte même que des vies britanniques soient perdues pour empêcher les Allemands de comprendre que leur système Enigma est mis à jour. 

Ainsi, le Premier ministre britannique est mis au courant du raid prévu sur Coventry en novembre 1940 mais refuse de faire évacuer la ville afin de protéger sa source. Pourtant autant, les services secrets de sa gracieuse Majesté connaissent également des défaillances puisque la marine allemande est en mesure de crypter jusqu'à l'été 1943 le code naval britannique et ainsi d'emporter la première manche de la bataille de l'Atlantique grâce à ses U-boote. 

Ce n'est que grâce à l'adoption d'un appareil de cryptographie que la Royal Navy peut à la fin de 1943 renverser le rapport de force sur mer en sa faveur. L'entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941 et la mise en place de leur service de renseignement, l'Office of Strategic Services (OSS) créé par le colonel Donovan sur le modèle du SOE, permettant aux Britanniques de disposer d'un appui considérable en matière de renseignement. De nouveaux réseaux voient le jour dans l'Europe occupée ainsi que dans les pays neutres comme en Suisse où le poste de Berne, dirigé par Allen Dulles, devient un des centres névralgiques du renseignement allié. 

Cet accroissement en hommes comme en moyens permet, par ailleurs de donner à la guerre du renseignement une dynamique nouvelle avec le développement en manœuvres dites d'intoxication, dont les Britanniques sont devenus les spécialistes, visant à leurrer l'ennemi sur ses intentions réelles. Ces dernières sont utilisées de manière systématique par les Alliés pour préparer et appuyer toutes leurs grandes opérations stratégiques et tactiques à partir du débarquement d'Afrique du Nord de novembre 1942.



Lucien Duval

Lucien Duval est entré dans la résistance après la demande d'un camarade qui avait appartenu au même bataillon de chasseurs alpins que lui.



Il a intégré sans le savoir un réseau de renseignements franco-polonais, dirigé par Jérome Strveis, surnommé Pierre.
Ce réseau est dénommé F2.

En 1943, il devient responsable de la section renseignements et chiffres du secteur, situé autour de Grenoble.
Le réseau est alors dénommé F2 KARCIAL. Les lettres CIAL viennent de luCIen duvAL.

Il est chargé d'organiser les émissions et réceptions des messages radio envoyés depuis Londres, et de gérer le réseau.

Roland Cléry

Roland Cléry est entré dans la résistance très jeune.





"J'ai été médaillé. Je fais partie des 100 plus jeunes combattants volontaires de la guerre. J'ai le numéro 30, c'est-à-dire qu'il y a 29 jeunes qui se sont engagés plus jeunes que moi. "


Il raconte : 
"Un jour, un certain Marandet (c'était un pseudonyme), cherchait un opérateur radio. Il était chargé d'un réseau de renseignement qui passait des renseignements aux Anglais : où se trouvaient les régiments Allemands, leurs déplacements, …
Ces renseignements, il les communiquait par radio en alphabet morse. On appelait cela un trafic : le fait de manipuler la radio, d'envoyer et de recevoir des télégrammes. Il nous a expliqué que quatre de ses opérateurs radio clandestins avaient été capturés par les Allemands, mais qu'il avait pu sauver un poste émetteur-récepteur, et qu'il cherchait un radio.

Or moi, j'avais été scout, et j'avais appris le morse. Je m'étais ensuite inscrit dans le REF : le Réseau des Emetteurs Français, où je me défendais très bien. Il m'a donc proposé, avec l'accord de ma mère, de servir comme opérateur clandestin, pendant huit à dix jours. En fait ça a duré jusqu'à la fin de la guerre et même au-delà. J'avais 15 ans et 6 mois. C'étais en 1942. "

Situation au début de la guerre

ROLAND CLERY

"Je suis né le 31 janvier 1927, j'ai 86 ans.
En 1939, j'avais 12 ans.
J'ai été élevé de manière patriotique par mon père qui faisait une carrière militaire. J'ai passé le concours d'entrée au Prytanée militaire de la Flèche, où j'ai été reçu. Je me destinais donc moi aussi à une carrière militaire.

Mon père a rallié le Général de Gaulle le 3 juillet 1940. Je ne l'ai revu qu'en 1946.
Avec ma mère et mes sœurs, on a quitté la Normandie où nous habitions pour aller dans le Sud de la France, au fur et à mesure de l'avancée des troupes allemandes. Tout le Nord de la France était dans le Sud. On s'est fixé en Auvergne, à Clermont-Ferrand.

Fin août-début septembre 1940, tous les réfugiés en zone Sud domiciliés en zone occupée pouvaient rentrer chez eux. Ma mère a fait la demande, elle a été acceptée, et nous sommes arrivés à Paris. On ne reconnaissait rien : tout était "vert de gris". Les Allemands avaient envahi les rues, les soldats étaient en uniformes verts.

Nous n'avions aucun contact avec les Allemands, les gens étaient malheureux. Les Français n'avaient pas la vocation à être occupés.

Je me suis fait inscrire au lycée Voltaire, avenue de la République, à Paris. J'y ai retrouvé mes copains. On crevait de faim.

A l'hiver 1940-1941, j'habitais uns sorte de HLM Porte des Lilas, sans chauffage central. Avec ma mère et mes sœurs, on allait le dimanche dans le métro pour se réchauffer.

Un jour, j'ai vu cinq de mes copains arriver avec une étoile jaune. On rentrait tous les midis à la maison pour manger, et on devait prendre le métro. Mais eux, qui étaient Juifs, devaient prendre le dernier wagon. C'était triste. Ils ne pouvaient pas aller au cinéma avec nous, dans certains lieux : les Allemands avaient interdit aux Juifs des tas de choses." 






LUCIEN DUVAL

Il appartenait au régiment de chasseurs alpins, qui a été dissout après l'armistice de juin 1940.

Il a ensuite rejoint l'armée d'armistice, puis a été démobilisé.

Ne voulant pas rentrer chez lui en Lorraine, où il aurait revêtu l'uniforme allemand, il a été contacté par un camarade soldat et a pu rentrer dans la résistance. 

L'engagement dans la résistance


LUCIEN DUVAL


1er Février 1943. 
J'entre dans la Résistance.
 Enfin, j'allais pouvoir œuvrer de façon active contre l'occupant.

Le désir de se battre pour la Patrie meurtrie, de lui rendre sa liberté et son honneur, explique pourquoi quelques milliers d'hommes et de femmes qui refusèrent, à un moment de notre Histoire, d'accepter l'inacceptable, s'engagèrent dans toutes les formes de résistance : réseaux, mouvements, formations armées des maquis et groupes francs, résistance extérieure dans les unités de la France Libre.

Le Résistance fut un moment exceptionnel pour la France.

La lutte fut la même pour tous les Résistants. Les dangers également partagés, puis les succès quand ils vinrent. Et tous les résistants qui eurent le bonheur de la vivre communièrent dans l'enthousiasme de la victoire commune.

André Virel était en contact avec la Résistance. Dès 1940 il se signal à Grenoble par son activité anti-allemande ce qui lui causa quelques ennuis qui le conduisirent à s'engager en 1941 au 24ème B.C.A. C'est là que se créèrent nos premiers liens.

Revenu à Grenoble après la dissolution de l'armée de l'armistice, il est chargé de monter, sous la responsabilité de Pierre ( Jérôme Stroveis ) ingénieur électrotechnicien, un secteur de transmission radio avec Londres. Il appellera à ses côtés ses anciens camarades chasseurs : capitaine Georges Duranceau, Gaston Vatelet, Roger Pornet, Paul Chassignat, André Roche et moi-même.

Nous ne savons par pour qui nous allons travailler, si ce n'est avec Londres. Gage de notre engagement pour les Alliés : Nous choisissons un message pour quelques jours plus tard nous entendrons sur Radio-Londres.



Nous allons être occupés à plein temps par notre nouvelle activité. Pas de souci matériel. Nous percevrons une solde comme tout militaire engagé. Pur moi elle sera, pour débuter, de 2500 A.F. Par mois.

Le secteur, baptisé Anel ( André Virel ), se structurera rapidement par le recrutement de radios ( comme mon ami Roger Barrières déserteur de l'armée de l'air) gardiens, agents de liaison, boites aux lettres.

L'effectif du secteur atteindra jusqu'à 29 agents P2 ( agents permanents) et P1 ( agents non permanents ) et autant d'agents P0 ( agents occasionnels ). Une minorité d'hommes et de femmes s'engagèrent dans la Résistance. Des femmes admirables qui osèrent affronter la redoutable machine de guerre allemande en menant le combat dans les rangs de la France Combattante.

Sous mes ordres, elles furent boites aux lettres, agents de liaison, refuges et lieux d'émission, toujours volontaires pour de multiples missions qui toutes comportaient des risques.
Le Réseau s'est ainsi développé et renforcé, composé d'hommes et de femmes n'ayant aucune expérience de la clandestinité, ce qui n'a pas freiné leur désir de lutter.

Ce n'est qu'après la libération que nous saurons à quel réseau nous appartenions : le Réseau Interalliés «F2» créé dès 1940 par d'anciens officiers polonais, dépendant de la French Section du M.I.6. Il comprendra jusqu'à 2800 agents, dont 739 agents P2.  


Mes fonctions prendront de l'importance au fil des mois et, lorsque Jean sera appelé à d'autres importantes fonctions au mois de Juin 1943, la responsabilité du secteur me sera confiée avec comme adjoint Roger Pornet. 

Le secteur sera dénommé Karcial-Kar venant de Karbo pseudo de Stroveis et Cial mon pseudo.


Le rôle des opérateurs radio




Après la défaite de juin 1940, les Britanniques ne disposent plus d’aucune information fiable sur la France occupée. 

Toutefois, la création par Churchill, du Special Operations Executive (SOE), chargé d’organiser des actions de luttes clandestines en Europe  et comprenant une section française, entraîne la mise en place de liaisons radio. 




Au printemps 1941, un rapprochement s’opère entre la French section du SOE et le service de renseignement de la France Libre du général de Gaulle, le Bureau Central de renseignements et d’action (BCRA), dirigé par le colonel Passy fournit à la Résistance intérieur des armes et du matériel de transmission.

Ces deux organismes, qui entrent souvent en concurrence regroupent ainsi tout un ensemble d’agents parmi lesquels des équipes d’opérateurs radio parachutés lors de missions de renseignement, de sabotage ou visant à la création de réseaux. 

Dans leur grande majorité, ces hommes sont des radios de formation, issus des trois armées même si certains d’entre eux proviennent de la société civile. 

Le plus souvent parachutés sans personne pour les réceptionner, ils accompagnent un officier ou une équipe mais peuvent aussi être déposés « au clair de lune » par de petits avions, des Lysander, ou plus rarement par des sous-marins.
Les premiers opérateurs radios sont recrutés à Londres, à l’initiative du SOE comme du BCRA. Leurs mission est d’entrer en communication avec les « Centrales », situées en Angleterre, chargées  de réceptionner les messages. 


« Pianistes », tel le nom de code utilisé dans la Résistance pour désigner les opérateurs radio qui assurent les communications entre la France occupée et Londres puis Alger. 

La formation des premiers opérateurs envoyés en France est assurée par les Britanniques. Il faut en moyenne trois à quatre mois pour former un « pianiste », les quelques personnels volontaires sans formation de base ayant pour leur part une instruction plus poussée de près de six mois. 

Mais le recrutement des opérateurs devient très vite une cause de différends entre Français livres et Britanniques, ces derniers se refusant à travailler avec des agents qui n’ont pas suivi de formation dans leurs centres spécialisés. Ils estiment qu’un recrutement direct en France, comme le BCRA le préconise dès la fin 1941, présente des risques trop importants d’infiltration d’agents à la solde de l’Allemagne. 

Ce n’est qu’un an plus tard, en raison de pertes considérables - 75% des radios sont arrêtés au cours des années 1941 et 1942 et près de la moitié exécutés-, que débute la formation d’opérateurs sur le territoire métropolitain. 

Ces derniers, contrairement à ceux issus du milieu militaire qui disposent de tous les papiers nécessaires à la clandestinité (fausses cartes d’identité, de travail, d’alimentation, Ausweis de nuit pour pouvoir circuler…) ainsi que d’une solde qui leur est versée chaque mois par leur chef de secteur, sont tenus d’assurer par eux-mêmes leur subsistance.

Au cours des phrases de vacation, le radio est totalement coupé du monde extérieur, avec un casque sur les oreilles et la main sur le manipulateur afin d’émettre ses signaux en morse. 

Il ne peut ni voir ni entendre arriver une personne extérieure. 
Aussi, a-t-il à ses côtés un « gardien » qui doit être en contact visuel avec un guetteur qui surveille les environs. En outre, le pianiste ne doit jamais être armé ni transporter seul son matériel, bien que de telles pratiques n’aient pas toujours été aisées à respecter. Son gardien, bien souvent un agent de liaison, a également pour mission de trouver de nouveaux asiles, afin de rendre le repérage le plus difficile possible. 


LUCIEN DUVAL, chef de réseau : 


Mes journées sont bien remplies, souvent levé à 6 heures, pas couché avant minuit. 

Les messages reçus de Londres devaient parvenir le plus rapidement possible à la Centrale. Nous les tapions à la machine, parfois fort tard (quand l'équipe rentrait par un train à 22 heures), sur papier extra fin, donc plus facilement dissimulable ou ingérables. L'agent de liaison partait dès le lendemain matin par le premier train.


Tension et stress permanents : Agents non présents au rendez-vous, non présents à l'arrivée d'un train, alerte nous obligeant à déménager le matériel, difficulté d'émission, retard de trains, contrôles d'identité, barrages fouilles, descentes de police la nuit dans différents quartiers, rafles dans Grenoble auxquelles nous échapperons plusieurs fois de justesse, méfiance envers tout le monde, toujours sur nos gardes, veiller à ce qu'on ne soit pas suivi.






Les postes émetteurs

Roland Cléry raconte : 


"Quand j'habitais à Paris, mon poste émetteur se trouvait à Romainville. Il était dans une valise. On le transportait. En fait, la valise était connue de tous.


A l'intérieur, on trouvait un poste de radio avec un manipulateur, pour faire les "ti ti ti ta ta ta". 
Pour recevoir les Anglais, j'avais un bouton émission-réception et un casque avec des écouteurs. L'antenne, c'était un fil de cuivre souple qu'on accrochait et on avait une petite boussole pour repérer Londres.
De l'endroit où vous étiez, vous repériez Londres, puis vous tiriez votre fil.

Le quartz est un stabilisateur de fréquence, car on émettait à des fréquences différentes. Votre longueur d'ondes d'émission était stabilisée, car l'onde pouvait être déviée par les conditions atmosphériques, ou par un camion qui passait dans la rue. Il fallait donc la stabiliser.
Pour communiquer avec Londres, il fallait changer de quartz.
Quand on n'a pas de stabilisateur de fréquence, on reçoit mal. On doit faire répéter le message, on s'énerve, et les Allemands se régalent.



On avait le droit de manipuler 10 minutes sur la même longueur d'ondes."


Pour le matériel de la valise, c'était au départ des appareils lourds et volumineux.
Très vite, les Anglais ont parachuté des émetteurs-récepteurs : des Marks 8 ou 15. Ils tenaient dans une valise.
Les Anglais en avaient fabriqués beaucoup, et on disposait d'un poste dans chaque lieu d'émission. 

La formation des pianistes


ROLAND CLERY

Après avoir été repéré, et son réseau quasiment détruit, Roland Cléry part avec son chef de réseau à Londres, par avion. Il suit alors la formation au sein de la Patriotic School : 

"On s'est finalement posés à Londres.
Je suis allé à la Patriotic School, c'était pour le contre-espionnage.
On m'a posé des tas de questions : "d'où tu viens ? Où habites-tu ? Où as-tu fait tes études ?", etc.
Je répondais et les Anglais attendaient d'avoir confirmation de ce que je leur disais, par des agents de renseignements bien informés. J'étais dans une chambre confortable, en attendant.
J'étais ensuite reconvoqué, et ils me posaient des questions très précises en essayant de me piéger. Ils me délivraient de fausses informations, de faux noms, allant jusqu'à me demander si j'étais bien dans tel lycéen dans telle classe, avec tel professeur.

J'ai été admis. Je voulais être radio dans les chars. Ils m'ont proposé de retourner au lycée français de Londres. J'ai dit que je voulais continuer dans la résistance en France.
On m'a donc parachuté avec un émetteur radio.

Mais avant, j'ai suivi une intense formation. 

Pendant quatre mois, huit heures par jour, j'avais le casque sur les oreilles et les formateurs m'envoyaient des messages en morse. Ils augmentaient la cadence au fur et à mesure. J'étais devenu un as.
J'ai dû aussi passer un brevet de parachutiste. Le dernier saut, on le faisait d'une montgolfière. Il fallait enjamber la rambarde une fois arrivé en haut, et sauter.

J'ai été parachuté tout seul en France, à l'aveugle : "blind" comme ils disaient. Il n'y avait pas réception, car des copains avaient été capturés juste avant.
J'étais peu rassuré, j'avais peur de me casser quelque chose ou de me fracturer le bassin, comme cela arrivait souvent. J'avais peur aussi d'être déporté par le vent.
Une fois en bas, on avait une petite pelle. On devait ramasser le parachute, creuser un trou dans le sol et y enterrer la toile. Comme ça, si un fermier passait le lendemain matin, il n'y avait aucune trace de notre atterrissage.

Les parachutes étaient en soie. On avait du succès avec les filles, car elles pouvaient se fabriquer des corsages avec.

Je suis parachuté à 6 heures du matin vers Pontoise. Je me suis rendu à pieds dans une gare, puis direction Paris gare Saint Lazare. J'ai continué à trafiquer.
J'ai quitté mon réseau en septembre 1944, j'avais 17 ans." 

Chiffrer un message

ROLAND CLERY

"Pour chiffrer un télégramme, on disposait d'un code. Dès que j'envoyais un télégramme aux Anglais je le chiffrais.
Chaque camp avait des spécialistes. Les Allemands notaient tous les télégrammes que l'on envoyait et des spécialistes les déchiffraient, en principe en 5 jours maximum. Donc il fallait qu'on fasse vite.
Les codes étaient donnés par des gars qui passaient entre l'Angleterre et la France.
C'étaient des dictionnaires.
La première lettre indiquait le dictionnaire que l'on devait utiliser. On avait des dictionnaires bulgares, soviétiques, brésiliens, …
Il fallait donc d'abord repérer la langue utilisée, puis on pouvait déchiffrer le message.
Tous les codes ont été cassés sauf un : celui de la marine américaine, car les Américains se servaient d'un dictionnaire iroquois.

Pour émettre il fallait changer d'heures tout le temps. Il fallait connaître la prochaine heure d'émission. En anglais, le code était "NEXT" : NXT dans le télégramme pour "prochain". Exemple : NXT 16 40.
Les heures changeaient à chaque fois pour qu'on ne se fasse pas repérer par la gonio.
Avec les Anglais on faisait très vite, on avait des codes pour certains messages. Exemple "73" c'était "amitié". "

LES NOMENCLATURES DE LUCIEN DUVAL : 






Messages à émettre, listes
écrites sur papier pelure, facilement destructibles.





Les différents messages



Ce sont les Centrales qui fixent les procédures par le biais d’un plan radio, document sous forme de micro-photos ou de feuilles tapées à la machine, parachuté avec l’appareil. 

Ce plan, que l’opérateur doit appliquer strictement, détermine les heures et les jours de vacation, les fréquences, les indicatifs ainsi que les clés de chiffrement pour une durée d’une quinzaine de jours. 

Les rendez-vous pour les quinze jours suivants sont par la suite fixés par la centrale à l’opérateur.

L’émission dure en moyenne trente minutes tandis qu’il ne faut pas plus d’une dizaine de minutes au radio pour mettre en place son appareillage. 

Le nombre d’émissions est variable : parfois deux ou trois émission dans une même journée, parfois aucune pendant plusieurs jours. Les Centrales recommandent par ailleurs de ne pas émettre plusieurs jours de suites à partir d’un même lieu et de laisser passer treize jours avant de reprendre ses activités sur un emplacement déjà utilisé. 

La réception, pour sa part, crée bien moins de difficultés dans la mesure où elle n’est pas repérable. L’opérateur demeure ainsi généralement sur un lieu unique et son plan de travail lui définit plusieurs heures d’écoute quotidiennes.


LUCIEN DUVAL


 Chaque radio avait ses heures de rendez-vous, ses fréquences et ses indicatifs d'appel.

Les heures de trafic ne comportaient pas que des envois de messages. 
Il y avait aussi réception des messages que Londres nous adressait. 
Afin de réduire la durée des liaisons, dans un but sécuritaire, un centre de réception puissant avec un ancien radio de la marine, Joseph Portal, fut mis en place à partir du 8 Septembre.
Le radio se mettait à l'écoute suivant des horaires fixés les jours pairs et prenait les messages envoyés en l'air ( sans contact ) par Londres.



Au fur et à mesure que les semaines passent, l'activité du secteur s'intensifie. 

Les messages chiffrés (des groupes de quatre chiffres) arrivent de plus en plus nombreux de la Centrale de Nice, avec pour certains, la mention "URGENT" ou "TRÈS URGENT". Comme nous aurions aimé connaître la teneur de ces messages.


            Il est arrivé jusqu'à 4.000 groupes, pouvant représenter 8 heures de transmission.

            Je répartissais le travail entre les différentes équipes avec lesquelles des rendez-vous réguliers étaient programmés, lieux, heures, très précis avec battement de 2 à 3 minutes maximum.

            C'était un ballet permanent : Une équipe rentrait et repartait aussitôt avec de nouveaux messages. C'était un casse-tête permanent  car assez souvent une équipe revenait mission non accomplie : liaison non obtenue ou poste tombé en panne. Nous avions un atelier de dépannage. 

C'est ainsi que je notais :
            21 Mars 1943 : Important travail. À 7 heures je suis à la gare. Le poste N° 1 part à Valence, le N° 2à Voiron. Reçois 40 groupes très urgents.

            22 Mars : À 7 heures essai au "Colon". Impossible d'obtenir liaison. Nouvelle tentative à 18 heures. Elle réussit pleinement. Une équipe part à Montmélian à 11 heures. Rentre à 22 heures. 1.100 groupes très urgents ont été passés. Valence rentre sans avoir pu obtenir la liaison. Je dispose actuellement de trois pianistes (radios), 3 émetteurs, 3 gardes. L'équipe sera prochainement renforcée en hommes et émetteurs.

            23 Mars : Nombreux déplacements avec encore quelques échecs de liaison. Poste 2 en panne. Je me sens très fatigué, car je dors peu et cours toute la journée.

            24 Mars : Après-midi 2 télégrammes très urgents. J'assure leur transmission. Pierre vient me voir à minuit.

            Il en était ainsi tous les jours avec plusieurs rendez-vous fixes.

Roland Cléry : 

"On envoyait toutes sortes de messages :
Des ordres de bataille allemands, les horaires de travail des ouvriers dans une usine, …

Par exemple : une usine qui fabriquait du matériel de guerre pour les Allemands devait être bombardée par les Anglais. Or les Français y travaillaient et risquaient d'être tués. Quand cela arrivait, la propagande de Vichy ou Allemande dénonçaient ces "crimes" commis par les Alliés.
Alors on indiquait – on chiffrait- et on transmettait les horaires : "l'usine est fermée de 9 heures du soir à 6 heures du matin". Les Anglais bombardaient à ce moment-là. "


Les lieux d'émission



Un certain nombre de critères préside aux choix des lieux d’émission qui doivent être situés dans un endroit dégagé, éloigné d’une ligne à haute tension. 

Une possibilité de repli en cas de repérage de l’occupant doit systématiquement être envisagée. 

Ces endroits, qui sont les plus divers (fermes, sacristies d’églises, maisons de particuliers, greniers, granges…), peuvent servir de cache pour du matériel mais aussi constituer des lieux d’hébergement pour le radio, notamment, s’il s’agit d’un agent venant de Londres ou d’Alger. 

Lorsque les radios sont issus du milieu local, il leur est, à l’inverse, plus facile de se fondre dans l’environnement.

Les vacations s’effectuent essentiellement en ville dans la mesure où, outre le fait que la radio a besoin d’électricité pour opérer, les émissions en pleine campagne s’avèrent plus dangereuses, l’opérateur devant se déplacer avec son matériel, ce qui est contraire aux instructions du BCRA. 

Pour autant, les lieux d’émission ne sont pas forcément tous équipés d’une prise de courant mais ils doivent comporter nécessairement un éclairage, les opérateurs transportant avec eux une « douille voleuse » qui se branche directement sur l’emplacement de l’ampoule électrique. 


En cas de nécessité, le radio peut se brancher sur une ligne électrique au moyen de crochets de cuivre plats reliés à un fil et suspendus à l’aide d’une canne à pêche. L’opérateur doit également installer une antenne de cuivre d’une vingtaine de mètres, facile à transporter et à dissimuler, placée dans une petite mallette et fixée en zigzag dans la pièce. 

LUCIEN DUVAL



Les liaisons entre le secteur et la centrale se faisaient par l'intermédiaire de boites aux lettres. 

Un signe convenu : rideau tiré, pot de fleur déplacé par exemple, signalait s'il y avait du courrier ou s'il y avait danger. 
Nous avions une boite aux lettres cours Berriat, M. Choinard qui tenait un poste d'essence. C'était le placement d'un bidon d'huile en vitrine qui nous informait.




Les plus grosses difficultés rencontrées au départ furent de trouver des endroits pour émettre. Les personnes sollicitées trouvaient de bonnes raisons à ne pas vouloir prendre des risques.

Nos premières liaisons radio ( émissions et réceptions ) avec l'Angleterre eurent lieu dans Grenoble (entre autres dans les mansardes de la Justice de Paix). 

L'endroit retenu devait remplir certaines conditions : Être alimenté en électricité, ne pas attirer l'attention des voisins, permettre de tirer une antenne intérieure, avoir une vue sur la rue de façon que le gardien qui se trouvait près du radio puisse voir le gardien en faction dans la rue. 

Ce dernier devait donner l'alerte en cas d'apparition de voitures gonios allemandes chargées de repérer la position de l'émetteur. A ce stade, arrêt immédiat de l'émission quelle que soit l'urgence ou l'importance du message à transmettre.




Nos efforts portèrent vers la recherche de lieux d'émissions, en dehors de Grenoble. Le peu d'émetteurs dont nous disposions au départ, conduisait l'équipe du radio et son gardien à se déplacer avec son poste émetteur, lourd et encombrant. Risques accrus compte tenu des contrôles, barrages, fouilles en tous genres.



Illustration de ces risques : une des nombreuses anecdotes de mon radio Paul Vourey, où risque et chance se côtoyaient.

SAC DU G.M.R

Nous venions de trouver un emplacement à Beaurepaire. Il fallait y porter le matériel radio, 25 à 30kg, bien rangé dans un sac à dos grand modèle, ce qui faisait un colis bien carré et dur. Pour porter ce sac lourd, encombrant et compromettant nous ne pouvions qu'utiliser le car Grenoble-Beaurepaire. Départ, après la levée du couvre-feu vers 5 heure ½ ou 6 heures du matin. L'ennui, c'est qu'à la sortie de Grenoble, le pont de la Bastille, passage obligatoire, est très souvent l'occasion d'un barrage allemand. Nous verrons bien!!!!
Dans le petit matin Raymond, Georges et moi arrivons au départ du car et déposons notre sac derrière le dossier du siège du chauffeur!!! puis, nous nous installons sur la banquette du fond. Et le car se remplit. La perspective de la fouille ne nous inspire guère, nous nous taisons. Le car est complet ; le gazo est prêt, on va partir, annonce le chauffeur. Et voilà qu'arrive en courant, tout essoufflé, un G.M.R. ( genre de CRS de l'époque). Le car démarre, pendant que notre G.M.R., s'essuyant le front, cherche du regarde une place; complet, il avise alors le sac, le tâte ….et s'assied dessus, son fusil es jambes!!!
Le car s'engage sur le pont; les grognements du chauffeur annoncent le danger. Le car s'arrête. Les soldats allemands nous ordonnent de descendre, le G.M.R, lui reste assis sur le sac. Les soldats montent et fouillent le car. Un par un, après avoir présenté nos papiers et subi une fouille très serrée, nous reprenons nos places dans le car. Un officier monte à bord pour s'assurer que rien n'a été oublié et donne l'ordre de partir, sans même daigner jeter un coup d'œil à ce «Brave» G.M.R. Qui couve consciencieusement notre sac à dos!!!Ouf!
Merci monsieur le G.M.R.! De votre «collaboration»!


 Par la suite nos équipes, les radios : Aaronson, Barrières, Duranceau, Milgram, Vourey avec leurs gardiens, disposeront, outre les postes construits par nous-mêmes, de postes plus petits, parachutés, qui permettront d'équiper différents lieux d'émission et de réduire sensiblement les risques liés au transport.

Nous avons pu émettre outre Grenoble, de Voiron, Rives, Montmélian, Trévignin, Theys, Chaloux, Saint-Jean-de-Maurienne, Valence, Allevard, Saint-Pierre-en -Chartreuse, Méandre, Saint-Marcellin, Beaurepaire, Vinay, Gillonnay, La-Motte-d'Aveillans, Chindrieu, Saint-Pierre-d'Entremont, Villard-de-Lans.
Les lieux d'émission en montagne, qu'il fallait rejoindre à vélo, présentaient plus de sécurité, l'approche des voitures gonions pouvant être plus facilement observée.

J'appréciais de me rendre à Montmélian. Nous émettions de chez un fromager, M.Dumortier. Alors que nous souffrions dans les premiers mois des mesures de rationnement, chez lui tous nos repas étaient une fête.
Il était devenu traditionnel, après de tels repas, de dire : «Encore un que les boches n'auront pas».

Roland Cléry : 

"Il fallait changer tous les jours de lieu d'émission.
On avait fait connaissance avec un administrateur de biens, qui gérait les biens des Juifs raflés. Les appartements étaient mis sous scellés, les Juifs devant récupérer leurs biens au retour …
Donc la technique était de faire sauter les scellés des appartements, en accord avec l'administrateur de biens, et de changer tous les jours de domicile.
Au début, l'administrateur de biens ne voulait pas nous faire confiance. On l'a prévenu que d'ici une semaine, dix jours, il allait entendre un message de radio Londres. Cela lui prouvera que nous étions fiables, qu'il pouvait avoir confiance en nous, et que nous faisions bien partis de l'organisation." 





Les agents de liaison


ROLAND CLERY


On disposait d'agents de liaison. On informait le destinataire qu'on envoyait un télégramme, on chiffrait, puis on attendait la réponse.
Parmi les 200 plus jeunes résistants, il y avait 70 agents de liaison. C'était souvent des femmes, car ne faisant pas de politique, elles n'étaient pas considérées comme dangereuses par les Allemands. Souvent même, ces femmes ou ces jeunes, qui portaient les valises contenant les radios, étaient aidés par les Allemands qui leur portaient la lourde valise. L'ennemi ne se doutait pas que des jeunes puissent passer des télégrammes.

Le message reçu, je le donnais à un déchiffreur, qui le donnait à mon chef de réseau. Lui me communiquait la prochaine heure d'émission et la date.
Dans mon réseau, une personne était responsable de moi. C'est elle qui me disait à quelle heure émettre, sur quel quartz et sur quelle longueur d'ondes. On me donnait une demi-heure avant le télégramme à émettre.
Une fois que j'avais reçu le télégramme, un agent de liaison venait le chercher, prenait le télégramme et le déchiffrait à Vichy. Elle était tranquille et en sécurité. Personne n'aurait imaginé qu'on déchiffrait dans un hôtel à côté de celui de Pétain.

Au sujet des intermédiaires : j'avais un télégramme, que je portais dans une maison d'alimentation rue de Lille. Je demandais au gérant une boite de petits pois ou de haricots et je lui passais le télégramme. Une demi-heure après un membre du réseau venait demander de la marchandise et le gérant lui passait de la marchandise. C'était la "boite aux Lettres". 

J'avais un agent de liaison qui appartenait à mon réseau. Je la prenais pour une martiniquaise. C'était Joséphine Baker. J'étais un de ses radios. C'était une vedette. Elle est partie en Algérie où elle a ouvert une boite de nuit. L'intégralité de ses recettes était envoyée en Angleterre pour parachuter des armes et envoyer de l'argent. 


A Paris, c'était scabreux de se déplacer avec un poste de radio. J'avais avec moi un petit scout de 14 ans avec un sac à dos. Je mettais le poste dedans et il partait à bicyclette.
Je suis resté sur Paris jusqu'en février 1943.



LUCIEN DUVAL


Le 16 Mars, j'emménage avec Roger Pornet au 1 rue de Miribel, dans une pension tenue par Mlle Brenier, personne âgée d'une cinquantaine d'années. 

Côté cocasse, au rez-de-chaussée se trouve un garage abritant les voitures gogios allemandes. Lorsque nous émettrons de Grenoble ou de ses environs, nous entendrons les voitures sortir.

* PAYER LES AGENTS

LUCIEN DUVAL


Chaque mois, mais plus ou moins régulièrement, suivant les difficultés d'acheminement par la Suisse ou par voie aérienne, le somme nécessaire au versement des soldes des agents P2 me sera remise.


C'est ainsi par exemple qu'en Septembre 1943, il me sera remis 150.000 A.F (valeur en francs 1997 : 170.000F). Il s'agissait toujours de billets de 5.000F (5700F de 1997) neufs, imprimés en Angleterre. Pour éviter tout problème il était préférable de ne pas effectuer ses paiements avec de tels billets.



Grâce à la complicité d'un caissier de banque (B.N.C.I) je pouvais échanger ces billets contre des billets d'une valeur inférieure et usagés.
            Je tenais, bien sûr, une comptabilité et j'avais chaque mois à justifier les dépenses du secteur : soldes des agents, frais de déplacement, achat de matériel etc.